SÉRIE : Du crépuscule jusqu’à l’aube

À la recherche de Paul Cupido–

L’homme quitta la rue Limacet à l’heure où le jour finit. Son appareil en bandoulière battait contre sa hanche.Les fenêtres animées parfois d’écrans bleues, semblaient des aquariums où des vies s’activaient loin du monde.Un vol d’étourneaux traversa le ciel – comme un signe du soir .

Il prit la rue du rempart du Rhône, marcha vers la place Crillon, attentif à la métamorphose des formes aves l’arrivée de la nuit. Puis sur le pont Daladier, il sentit une sorte de joie à marcher seul dans le souffle de l’obscurité. Il franchit le premier bras du Rhône, et s’engagea dans le chemin de la Barthelasse. Il se perdit longuement dans les vergers. Il s’arrêtait parfois photographier. Il voyait …la nuit, le passage du temps, le frémissement du vent. Sous le figuier, quelques lampions tremblaient encore, vestiges d’une fête plus ancienne.La nuit, bientôt, se fit plus dense . De rares lueurs ponctuaient l’obscurité. Les aboiements des chiens, au loin, rappelaient qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui veille.

Il marche encore et encore en compagnie des étoiles. Alors, il se rappela qu’il marchait non vers un lieu, mais vers une présence. Il dépassa l’usine-écluse d’Avignon. Les ponts, les chemins, les noms des routes      — Caderache, Bastide Neuve, Maisonnette,Vignerons,accacia– lui semblaient autant d’étapes familières vers une aube qui commençait à pointer.Enfin, il atteignit le jardin des Capelans. Il était six heures. Le jour naissait. Quelques nuages, clairs et discrets, traversaient le monde sans le troubler. Le bleu du ciel commençait à s’ouvrir. Il poussa le lourd portail métallique. Elle était déjà là, debout, au fond du jardin, près du cerisier en fleurs. Son kimono blanc et bleu flottait à la manière d’un voile…

Elle ouvrit les bras.

Au loin, le Ventoux se dressait, immobile et éternel.